vendredi 14 novembre 2008

Explication au sujet de l'été français

Ça m'a pris un an et demi, mais je viens d'avoir une révélation : l'été en France, ou plutôt son absence, n'est pas la simple conséquence de la position du pays sur le globe terrestre. C'est une conséquence sémantique.

L'explication est simple.

Le mot « été », « verão » en portugais, désigne en effet la saison estivale. Mais le même mot est aussi le participe passé du verbe être, qui correspond en portugais aux verbes « ser » et « estar ». « Été » signifie donc aussi « qui a été mais n'est plus », « parti », « envolé ».

On se rend donc compte que la langue française associe pleinement le concept d'été au passé. La saison semble ne jamais arriver. Finie. Partie. Et sans perspectives de retour.

Pour illustrer la théorie, j'ai choisi au hasard une phrase réunissant les deux sens du mot « été » :

. L'été a été pourri.

A l'inverse, en portugais, le mot « verão » se prononce comme la conjugaison de la 3ème personne du pluriel du verbe « vir », venir. On a ainsi la sensation de quelque chose qui va toujours arriver. Et arriver pour de vrai.

Pour ne pas avoir l'air parti pris, j'ai aussi choisi aléatoirement une phrase en portugais qui contient les deux termes cités.

. « No verão, virão gatas bronzeadas de todos os lados », autrement dit: « cet été, les jolies filles bronzées viendront de tous les côtés »

Vous voyez ? C'est une question de perspectives différentes, dues à la grammaire.

Vu qu'il y a des manifs pour tout à Paris, je vais voir si je ne réunis pas quelques Brésiliens pour descendre dans la rue réclamer le changement du mot qui désigne la saison chaude. Peut être « veron », qui ressemble à « verão », mais dont l'orthographe et la prononciation auraient été francisées.

Je ne sais pas si ça va résoudre le problème, mais ça vaut le coup d'essayer.

vendredi 24 octobre 2008

Trois histoires pour un tableau

Jean Novion, français de nom, argentin de nationalité et brésilien par son lieu de naissance a visité le Louvre en 1996. C’était avant que le Da Vince Code transforme le célèbre musée en filiale de Disneyland et Mona Lisa en une espèce de « Nouveau Mickey ». Si c’était pas la frénésie actuelle, des milliers de personnes jouaient déjà des coudes devant le tableau, beaucoup plus d’ ailleurs pour le prendre en photo que pour réellement l’observer. Ceci malgré l’écriteau en lettres majuscules annonçant dans toutes les langues qu’il est: « interdit de photographier ».

Mais allez contrôler 200 Japonais et leurs appareils photos.

Jean suit les indications et arrive, en même temps que la délégation asiatique, devant le tableau le plus connu au monde, et dont la taille le surprend un peu.

- C’est ce petit truc riquiqui, là ?

Véritables samouraïs des temps modernes, munis d’appareils photos plutôt que d’épées, les Japonais ne se préoccupaient ni de la taille de l’œuvre ni de l’écriteau et commencèrent à la mitrailler à une vitesse digne du Guinness. Du livre des records bien sûr, pas de la bière.

Sauf que Mona Lisa est le seul tableau du Louvre à avoir sa propre garde rapprochée. Un mec payé pour vous engueuler, qui fait ça toute la journée, et qui, voyant la moitié de Tokyo dans la pièce, décida d’entamer une session d’engueulades multilingues.

- Pas de photos! No photos! Sem fotos! いいえ写真!

Réaction immédiate : les Japonais se tournent tous vers le type et, de façon synchronisée, font crépiter des centaines de flashes en sa direction. Profitant de son aveuglement momentané, ils se retournent vers la Joconde pour en prendre 250 photos supplémentaires. Satisfaits, ils tournent les talons et partent, un sourire Made in Japan aux lèvres.

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Ronald Walker, ex-punk, né en Angleterre et élevé au Brésil, profite d’un voyage en France pour faire un saut au Louvre. Arrivant à la salle où Mona Lisa repose, ou essaie de se reposer, il tourne le dos à la peinture.

- Je regarderai pas.
- T’es fou ou quoi ?
- Je ne la regarderai pas.
- Pourquoi ?
- Je veux être le premier à venir ici sans voir le tableau.
- C’est Mona Lisa, il faut la voir.
- La voir pour quoi ?
- Parce que. Parce qu’elle est sortie en livre.
- Pas lu.
- En film aussi.
- Le seul cinéma qui vaille la peine est le cinéma turc, sous-titré en araméen.
- Elle est sur des milliers de t-shirts.
- Je ne porte que ceux des Sex Pistols, troués de préférence.
- Des chansons en parlent.
- Si elles ne sont pas de Ramones, ça vaut rien.
- T’es casse-pieds, hein ? Allez, on y va.
- Attends, attends. On va faire la chose suivante : je vais jeter un œil, rapidos, mais tu le dis à personne, d’ac ?
- Marché conclu. J’ouvre pas le bec.

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Asdrúbal Inocêncio, originaire du Céara depuis 12 générations, a aussi vu la peinture de Léonard de Vinci.

- Oh bé, é pas ben joli joli la gueuse !

vendredi 17 octobre 2008

Edith n'existe pas

En mettant bout à bout les éléments de mes longues rencontres inopinées avec Edith, j’ai commencé à craindre fortement qu’elle soit le fruit de mon imagination. Elle n’existe que dans ma tête. Avant de me rendre chez le psychiatre (encore plus nombreux à Paris que les pigeons et les chiens), j’ai décidé de vous faire part des preuves qui m’ont conduit à cette conclusion.

Elle est partout en même temps

J’ai découvert qu’il suffit de l’imaginer et hop, Edith apparaît. Un de ces jours, j’ai fait le test et pensais à elle en sortant de l’immeuble. Il m’a suffit de tourner la tête pour la voir apparaître. Elle était très pressée m’a-t-elle dit. La conversation a malgré tout duré 30 minutes, ne prenant fin que lorsque j’ai dit que je devais aller au marché d’Aligre faire des courses pour le déjeuner.

A peine arrivé au marché, je croise une manifestation d’immigrés sans papiers. J’ai senti une main sur mon épaule. C’était elle, qui me tendait un tract alors qu’elle me racontait en détail toutes les raisons de la révolte.

- Daniel, il y a une marche aujourd’hui, à 15h. J’y serai.

Je n’en ai pas douté un instant.

Le soir même, j’allais au resto associatif du quartier et pensais une nouvelle fois à ma voisine. En entrant, elle était déjà là, aidant un couple d’Italiens à préparer le dîner.

- Salut Daniel. Je ne peux pas discuter maintenant.

- T’inquiète pas. Vraiment.

L’avantage de cette omniprésence c’est que quand on a besoin d’elle, elle….

...résout les problèmes de tout le voisinage

Besoin d’un peintre pour refaire votre salon ? Edith en connaît un. Vous voulez acheter une table ? Elle connaît les magasins qui font des promotions. Le chauffage central ne fonctionne pas bien ? Parlez-lui en et le jour suivant il sera réparé. Edith a une réponse et une solution à tout. En plus d’omniprésente, elle est omnisciente.

Mais bien qu’elle soit toujours là quand j’ai besoin d’elle, ce qui m’intrigue c’est que ...

... mes amis ne l’ont jamais vue

Plusieurs d’entre eux sont déjà venus me voir à Paris. Tous demandent de ses nouvelles. De mon balcon, je leur montre son jardin et leur raconte l’histoire de la chute du pied de table, leur disant qu’à un moment ou un autre, ils vont bien finir par la croiser. Aucun n’y est arrivé. Y en a même une qui a monté la garde devant l’immeuble, un appareil photo à la main, attendant une dame de soixante et quelques années, les cheveux rouges. Elle a même pris une vieille punk en photo, tout juste arrivée de Woodstock à pied. Mais Edith, pas une trace.

Même si elle persiste à ne pas se montrer à mes amis, elle continue à m’apparaitre. Récemment, elle est souvent accompagnée de…

...monsieur Thésée

Edith a un ami inséparable et complémentaire. Alors qu’elle parlerait aux murs, il n’ouvre pas la bouche. Le bien nommé s’appelle Monsieur Thésée, ce qui fait beaucoup de coïncidences, je ne vous le fais pas dire.

Monsieur Thésée et Edith forment un couple parfait, bien qu’ils ne soient pas mariés puisqu’elle...

...est mariée avec une légende

Les doutes sur la supposée existence de ma voisine ont cessé lorsqu’elle m’a présenté son mari. C’est là que je me suis rendu compte que je délirais vraiment. Et pour cause : il est finlandais, rondouillard, souriant, bon enfant et porte barbe et cheveux blancs. Edith, en fin de compte, est mariée avec le Père Noël.

Les pièces de mon possible délire s’emboitent si bien que je songe faire appel à un psychiatre. Je vais demander à Edith si elle n’en a pas un à m’indiquer.

samedi 6 septembre 2008

Paris, 2155

En 2155, un père et son fils se promènent le long du Sunny, anciennement appelé la Seine.

- Ici se dressait la Tour Eiffel, mon fils. Un des symboles de la vieille France.
- Jamais entendu parler.
- Elle était énorme.
- Elle servait à quoi?
- On n'a jamais bien su. Je crois qu'elle avait été construite pour une exposition.
- Et elle rentrait dans une salle d'exposition?
- Elle n'était pas dans une salle, elle était en plein air. C'était un haut lieu touristique, les gens venaient de partout pour y monter. Mais tout ça était avant que McDonald's transforme le lieu en drive thru, qui est ensuite devenu le plus grand fly thru du monde.
- Ah, mais ça fait longtemps alors?
- Très. Ton grand-père en a des photos holographiques, tu ne les as jamais vues?
- Je crois que si. Ce sont celles où Mamie tient un énorme pain allongé de hamburger?
- Ils appelaient ça baguette, mais ce n'était pas pour faire des hamburgers.
- Si c'était pas pour faire des hamburgers c'était pour quoi faire, alors?
- Ah, mon fils, à l'époque les Français mangeaient cette baguette accompagnée d'autres choses, comme du fromage, du pâté ou du jambon.
- C'était qui les Français, Papa?
- Les habitants de la vieille France. Ils buvaient beaucoup de vin et parlaient une langue étrange, appelée le français.
- Bizarre.
- Je ne te le fais pas dire. C'est pour ça que dès qu'il a pris le pouvoir, Ronald McDonald II a décidé de mettre un terme aux vestiges de cette civilisation. Son premier chantier a été de modifier l'hymne national.
- Je connais l'hymne de la République de Patates Frites Françaises, Papa. C'est celui qui commence par "Deux steaks hachés, laitue, fromage, sauce spéciale..."
- Très bien mon fils. Et après cette sublime introduction, il y a aussi la deuxième partie, qui décrit les merveilles de la terre promise de Mickey le sage.
- Tu sais Papa, l'autre jour les professeurs-androïdes nous ont parlé de Napolimão.
- Napoléon, le fameux empereur.
- Les androïdes nous ont dit que c'est lui qui a fait construire l'arc qui sert de porte d'accès au musée de la paix George-Bush.
- Exactement. Je suis bien content de voir qu'on vous apprend des choses si importantes à l'école.
- Mais Papa, y a quelque chose que je ne comprends pas. A l'école, ils nous ont dit que notre ville, New Hollywood of Europe, s'appelait Paris.
- C'est vrai.
- C'est à cause de Paris Hilton, le mannequin polémique du siècle dernier?
- Bien sur que non, chéri. Quand Paris Hilton est née, la ville de Paris existait déjà depuis bien plus que 10 ans.
- Une autre chose qu'ils nous ont racontée c'est que les Français étaient des gens de super mauvaise humeur.
- Il parait, mais personne n'en a vraiment la certitude. Ce dont on est sûr c'est que l'IDBH, l'Indice Dingo de Bonne Humeur a considérablement augmenté depuis que Ronald McDonald IV a institué Uncle Sam's Day.
- J'adore Uncle Sam's Day. C'est émouvant de voir tout le monde porter des chaussures du dimanche avec chaussettes, bermuda et casquette pour faire griller des steaks hachés sur le barbecue communautaire de la place de la Bastille.
- C'est une fête nationale très importante, tu sais chéri?
- Papa, cette conversation m'a donné soif.
- Allons au Pizza Hut Notre-Dame. Tu pourras boire un Coca Spatial et moi un café.
- C'est quoi un café, Papa?
- C'est le mot français pour désigner notre boisson préférée.
- Un Kofi Annan?
- Exactement.
- Mais pourquoi ils appelaient ça un café?
- Sais pas chéri. Les Français étaient vraiment bizarres.