vendredi 5 juin 2009

Le nombril du monde

Moi, c’est Daniel. J’habite à Paris. Paris est en France. La France est le pays de la tour Eiffel. La tour Eiffel a été construite pour l’exposition universelle de 1889. L’exposition universelle de 1889 a été organisée en hommage aux 100 ans de la chute de la Bastille. La Bastille était une prison qui a été détruite pendant la Révolution française. La Révolution française c’est quand les Parisiens ont pris goût à la trilogie liberté, égalité, fraternité, mais aussi à la décapitation royale. Par décapitation royale, Louis XVI a perdu la tête, de même que sa femme Marie-Antoinette. Marie-Antoinette est celle qui disait au peuple : « vu qu’il n’y a pas de pain, mangez de la brioche ». La brioche est apparue en Normandie. En Normandie, on mange de délicieuses crêpes, c’est aussi le lieu du débarquement des troupes alliées, décisif pour la fin de la IIème Guerre mondiale. Au cours de la IIème Guerre mondiale, la France du Maréchal Pétain a collaboré avec Hitler le moustachu et les Allemands. Les Allemands ont disputé et abandonné aux Français, au XIXème siècle, le contrôle de Strasbourg. A Strasbourg ont habité Mozart, Pasteur, Gutenberg et Calvin, un des leaders de la réforme de l’église catholique. L’église catholique est celle qui parle de désintéressement mais n’a jamais cessé de prélever la dîme. La dîme était également exigée par de nombreux rois dans l’Antiquité. L’Antiquité est une époque qui est passée il y a très longtemps. Le temps, disait le français Nostradamus, n’est que la décomposition de la matière. Parmi les matières enseignées à l’école, je détestais la biologie végétale, mais j’adorais la géométrie. La géométrie doit beaucoup à René Descartes, un des pères de la philosophie moderne. La modernité est une époque qui passe et repasse. Celle qui repasse chez mes parents s’appelle Dona Evandete, tous les jeudis. Jeudi signifie « jour de Jupiter », en latin. Le latin est la langue qui a donné naissance, entre autres, au portugais, à l’espagnol, au roumain, au catalan, au français et à l’italien. Français et Italiens ne cessent de s’agresser mutuellement. Une des agressions récentes est le coup de tête de Zidane au défenseur Materazzi. Materazzi est un des héros de l’équipe italienne qui a gagné la Coupe du monde en 2006. 2006 était l’année du rat. Le Français Blek le rat utilise des pochoirs pour faire d’incroyables graffitis dans la rue. La rue est à l’extérieur de la maison. Ma maison est un appartement, ou disons, un petit chez moi. Moi, c’est Daniel. J’habite à Paris.

vendredi 27 mars 2009

Calendrier hivernal

- Fait froid, hein ?
- Le pire est passé.
- Passé par où ?
- Passé. Terminé, c'est fini. Maintenant c'est le printemps.
- Ben ça n'empêche pas qu'il fasse froid.
- Tu n'es jamais content. L'été tu te plains d'avoir chaud et l'hiver de te geler.
- C'est l'air parisien.
- Qui te donne froid ?
- Non, qui me pousse à râler tout le temps.
- Ben au moins la saison est terminée.
- Ca aura été long.
- Ca, c'est sûr.
- J'ai d'ailleurs compté combien de temps dure l'hiver ici.
- Ben, trois mois, comme partout ailleurs.
- Trois mois sur le calendrier mais la sensation polaire dépend d'une région à l'autre. Ou tu crois vraiment que les gens vont à la plage en Antarctique quand c'est l'été ?
- C'est vrai.
- Alors, tu veux savoir ?
- Dis-moi.
- On est d'accord qu'en automne il fait déjà froid ?
- Oui.
- Alors, tu ajoutes automne et hiver. 180 jours de températures glaciales.
- Ok, 180 jours. Mais il reste une demi-année de chaleur.
- Pas du tout. Le printemps arrive et tout le monde continue à porter des vestes. Ajoute 45 jours.
- Continue.
- Et quand il fait gris ? Y a qu'à Paris que le temps est aussi pourri.
- C'est vrai que c'est parfois un peu dur. Ca doit faire dans les 3 mois de grisaille par an, c'est ça ?
- Exactement. 90 jours.
- On en est à 315.
- Et alors un matin, tu te réveilles et tu vois par la fenêtre un soleil à tout casser. De bonne humeur, tu descends en short et en tongs mais là, surprise, à peine sorti de l'immeuble, le froid te gèle jusqu'au pancréas.
- C'est terrible.
- Je ne te le fais pas dire.
- Il est de quel côté, déjà, le pancréas ?
- Aucune idée. A l'intérieur.
- Ok Genius, continue.
- L'année dernière, y en a eu 26 de ces fausses alertes.
- Et tu t'es fait avoir les 26 fois ?
- Non, 25 seulement. La dernière, je m'étais préparé.
- Je crois que si l'hiver a congelé un truc, c'est ton cerveau.
- Tu comptes ou quoi ?
- Oui je compte. On en est à 341.
- Et j'ai pas encore comptabilisé les tempêtes estivales, communes par ici. J'ai lu dans le journal qu'en 2008 y en a eu 22.
- Selon tes calculs ca fait 363 jours de froid. Il reste 2 jours de soleil.
- Pas du tout. T'as oublié les deux fois où il a neigé ?
- T'es trop fort.
- C'est aussi ce que dit ma mère.
- En fin de compte, l'important c'est que l'été arrive.
- C'est vrai. J'en pouvais plus.
- Et tu as prévu quoi pour les vacances ?
- Je pars au Brésil.
- Au Brésil ? mais c'est l'hiver là-bas. Qu'est ce que tu vas y faire ?
- Ben, utiliser tous les pulls que j'ai achetés, bien sûr.

vendredi 20 mars 2009

Saudade

C’est à la fois cliché et irrésistible. Aller au Brésil est synonyme de chronique de voyage. Chronique de périple de voyage peut-être. Chaque détail a un sens différent quand le chemin pris est celui de la maison que vous n'avez pas vue depuis longtemps. De la nièce qui parle plus que le perroquet du voisin. De la ville qui vous est familière mais étrangement différente pour ceux qui n’y sont pas nés. Des parents, frères et sœurs, grands-parents, oncles, cousins, amis, odeurs, goûts, climats, couleurs et sons desquels on est resté éloigné trop longtemps mais qui sont toujours à vos côtés, où que vous soyez.

Pour certains, le Brésilien est trop nostalgique. Ce n’est pas de notre faute si le mot saudade n’existe qu’en portugais – ou brésilien comme ils disent en France. Ce n’est pas comme “tu me manques“. C’est la saudade. Facile à comprendre et difficile à expliquer. Une fois, en cours de français, la prof a demandé à chacun de nous de choisir un mot dans sa langue et de le traduire aux autres. J’ai choisi saudade. Ca n’a pas été facile. J’ai essayé de rendre hommage à la beauté du mot mais nombre de ses sens ont dû m’échapper.

Dans l’avion, je regarde par la fenêtre. Je préfère les vols de jour aux vols nocturnes, bien que ce soit plus difficile de s’y reposer vu que j’adore observer le ciel et le tapis de nuages. Nuages qui changent de forme à mesure qu’on s’approche du Brésil, où ils paraissent moins denses. D’autant plus quand on arrive en plein carnaval, quand tout est plus léger, plus libre et plus joyeux. Le carnaval est peut être le comble de l’identité brésilienne. Si tant est qu’on puisse définir une seule identité dans un pays grand comme l’Europe. Enfin, tel est l’esprit du carnaval, joyeux et décontracté, ce qui me manque le plus de l’autre côté de l’Atlantique.

Je regarde une fois de plus par la fenêtre et ca y est, on commence à survoler le Brésil. Dans mon Ipod, je mets Pavão Mysteriozo, d’Ednardo, mon premier souvenir musical, quand j’avais 2 ou 3 ans. Chanson que je garde pour les occasions très spéciales. Je suis ému. Je le suis toujours quand je rentre mais cette fois-ci est spéciale, sans que je sache bien dire pourquoi. Une fois de plus, on ne peut expliquer la saudade. Peut-être est-ce vraiment compliqué. Ou bien est-ce seulement ça.

vendredi 20 février 2009

Rendez-vous

Un de ces jours j'ai fait un rêve bizarre. Je buvais un verre de vin place de la République avec une femme que je ne connaissais pas. La conversation était agréable, jusqu'à ce que surgisse un compte à rebours au sommet de mon, disons, écran mental. Il indiquait que le rêve prendrait fin d'ici 5 secondes. Pétard, 5 secondes ? Au meilleur moment de la discussion ? Alors qu'on commençait à s'évanouir en fumée, tel le génie de la lampe, j'eus une idée.

- On se retrouve demain, ici même, à 14h.
- Mais où ?
- A l'angle, en face du KFC.
- Marché conclu !

J'ai jamais fait attention s'il y avait vraiment un KFC à République. J'ai vérifié le lendemain, sur internet, et à ma plus grande surprise il y en avait bien un, exactement à l'un des angles de la place. Inutile de préciser que j'ai passé la matinée à attendre l'heure du rendez-vous. Je suis même arrivé en avance, contrairement à mon habitude.

Le thermomètre indiquait 5 ºC. Fastoche, pour celui qui a déjà affronté - 8ºC. Tant et si bien que je me suis installé à la terrasse, à l'angle en question, un peu admiratif de ma nouvelle insensibilité au froid. C'est alors que je me suis souvenu de mon déguisement d'ours polaire, avec un gros pull en laine et une doudoune. Bon, disons quasi insensibilité.

Je n'étais pas bien sûr qu'elle viendrait. Sans compter que ca n'allait pas être facile de reconnaître un visage que je n'avais vu qu'une fois, en rêve qui plus est.

Une dame s'approche et s'arrête devant la carte. C'était pas elle. Une plus jeune arrive à la suite, écoutant son iPod à fond. On s'est regardé dans les yeux. Un instant j'ai cru que ça pouvait être elle, mais elle ne m'a pas reconnu. Ce n'était pas elle non plus.

J'observe le paysage alentour. Au milieu de la place, la statue construite en hommage au retour de la République en France, après le règne des empereurs. Les arbres sont encore dépouillés. De la fumée sort de la bouche des gens quand ils parlent. Et ils parlent les langues les plus variées. Anglais, italien, espagnol, portugais, langues orientales, slaves et tant d'autres qui sont pour moi du chinois.

J'ai cru la voir sortir d'un café à côté. Mais elle passe devant moi sans même me remarquer. J'en considère une autre, arrêtée exactement où nous en avions convenu. On dirait qu'elle attend quelqu'un. Elle regarde sa montre, impatiente, puis dans ma direction. Je me passe la main dans les cheveux, dissimulant un timide signe. Au même moment, une voiture s'arrête devant elle. Elle monte. Dommage.

C'est une belle journée. Le ciel est presque bleu. Le soleil se reflète dans les vitres des immeubles, révélant une faible lumière oblique. Ca suffit à en faire une agréable journée d'hiver.

Et c'est à cet instant exact que je me rends compte qu'elle est à côté de moi. En fait, elle était déjà là quand je suis arrivé. Je reconnais son visage. C'est celui de tous ceux qui passent par ici. C'est le noir, l'asiatique, le scandinave, le sud-américain, tous. Ce sont les voitures, les bus, les vélibs, les motos. Le KFC et le McDonald à coté des traditionnels cafés et brasseries. La dame qui fume, le monsieur et ses courses, la jeune fille aux lunettes à la mode, la mère et sa fille qui apportent des fleurs à quelqu'un, les adolescents avec leurs guitares, le chien en laisse, le voyageur et ses lourdes valises, le couple enlacé et passionné, les pigeons au milieu des gens, la vieille dame aux cheveux rouges, les mégots encore allumés sur le sol, le jeune père qui pousse une poussette.

Il est 14h30. Je suis là depuis plus d'une demi-heure. Et elle, Paris, depuis bien plus que ça.